Toujours dans le même poème, un procédé syncopé analogue préside peu après à l’allégorisation emphatique du mot « Nature » : à la fois par son initiale qui porte la majuscule, et par l’adjectif « onnipossente » nominalisé qui s’y rapporte (« E l’antica natura onnipossente », rendu par « De ma fenêtre, la Nature, l’originelle/ Puissance » [48]), de manière à expliciter la valeur philosophique du mot, dans le contexte de la réflexion lyrique du poète de Recanati. 18En ce qui concerne les autres solutions adoptées, on peut remarquer une tendance stylistique très fréquente à l’articulation en deux fragments de certaines images qui en principe n’en font qu’un. Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info. », et les « doigts déliés, délicats […] / […] nus » de sa « belle main » gantée, un cruel instrument de torture appliqué sur les « plaies » [89] de l’amant déçu. Pas des lettres gauloises, du cyrillique. Yves Bonnefoy est né à Tours (Indre-et-Loire) le 24 juin 1923. Néanmoins il me semble utile, pour mieux saisir les résultats de mon analyse, de rappeler brièvement les idées essentielles caractérisant la position d’Yves Bonnefoy dans le débat actuel sur le traduire, étant donné son importance dans l’ensemble de sa démarche et la valeur qu’il ne cesse de lui attribuer, s’il est vrai qu’il en parle comme de « l’activité primordiale de la pensée au travail » [3]. Voir les formats et éditions Masquer les autres formats et éditions. Dans cette perspective, la traduction qu’Yves Bonnefoy donne de ce grand poème léopardien [19] — traduction que j’ai déjà analysée [20] en montrant, surtout dans sa clausule, un éloignement de la structure anaphorique et de la valeur tragique du mot « naufragar » [21] — se révèle pourtant cohérente avec ce qu’il écrit dans son essai sur ce poème, qui opposerait le rêve à la cruauté de la nature, et l’esprit à l’ennui, pour « désirer le non-être comme le refuge paradoxal de la réalité proprement humaine » [22], jusqu’à le percevoir comme le lieu illimité de l’infini. Lorsque en 1994 Yves Bonnefoy publie sa traduction des vingt-quatre premiers sonnets, pour une édition d’art à tirage limité1, il la fait précéder d’un essai intitulé "Traduire les sonnets de Shakespeare". Voilà qui est fort évident dans les présences paradigmatiques des « feux », des « braises » et des « cendres » que remue la « vieille » du sonnet XXXIII [84] — où se voit déjà préfiguré tout le pétrarquisme du Ronsard de Quand vous serez bien vieille [85] ; l’image de la flamme associée au désir qui détruit l’amant revenant également au sonnet CXXXIII [86], comme aussi dans le jeu oxymorique de l’ardeur de la glace du sonnet CXXXIV [87] : brûlure d’amour qui, de la Dame, rend la « Bouche d’ange, superbe » [88], le regard une « merveille ! D’où le choix de traduire la poésie en vers libres, avec la conviction que la traduction poétique appartient à titre plein à l’œuvre du poète-traducteur : ce qui suppose une affinité avec l’auteur qu’il traduit, dont il reprendra, sans l’imiter, le projet original en l’accueillant dans son propre univers linguistique et expressif [4]. Faisant écho à la deuxième partie du vers 12 (« c’est le fruit, cette honte » [77]), l’articulation du vers final en deux segments traduit « è breve sogno » par une double proposition (« c’est bref, ce n’est qu’un songe »), grâce à la réitération du présentatif, ou bien à l’ajout d’un déictique de renforcement à valeur démonstrative. Yves Bonnefoy - Yves Bonnefoy, né à Tours (Indre-et-Loire) le 24 juin 1923, est un poète, essayiste et traducteur français. 2En ce qui concerne la théorie de la traduction, Yves Bonnefoy garde toute son autonomie vis-à-vis des tendances strictement linguistiques du formalisme structuraliste et du fonctionnalisme socio-linguistique de la communication ; de même, dans la querelle ciblistes-sourciers opposant les sémanticiens linguistes aux stylisticiens littéraires, il refuse de prendre une position nette, en raison de l’impossibilité de réduire un texte à son sens, et de l’exigence de récréer un son et un rythme modernes et personnels loin de toute tentation archaïsante. Yves Bonnefoy, « La maison natale », I, v. 9. », traduit par : « Et de ma frénésie c’est le fruit, cette honte,/Avec le repentir, et savoir, clairement,/Qu’ici-bas ce qui plaît, c’est bref, ce n’est qu’un songe. Yves Bonnefoy. On ne trouvera pas meilleur exemple de la nature essentiellement poétique des décisions du poète-traducteur, de sa présence sensible dans le paysage du texte. Les deux occurrences italiennes du même mot « inganno » (v. 2 et 4) sont rendues par les deux termes différents d’« illusion » et de « rêves », signe d’une attitude exempte de tout littéralisme. Quand le seau touche l'eau, qui le soulève, Shakin' Stevens - Merry Christmas Everyone, Hubert Clos Lus - Soleil rouge sur Hambourg. Édition bilingue. On y perçoit des ombres, sous des branches, Ce sont des voyageurs qui passent de nuit. Et sa traduction est, certes, extraordinaire. Collectif Yves Bonnefoy Christophe Gallaz Nicolas Raboud Christian Zacharias Nadja Maillard Marie Andr é. Le voici donc, accompagné de sa belle traduction par Yves Bonnefoy (« Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier ») : THE SECOND COMING. Et boue est le monde. On voit bien ici la pensée critique à l’œuvre dans le travail d’interprétation et de réécriture qu’entreprend Yves Bonnefoy : si la poésie doit coïncider avec « la capacité d’aimer » [23] et d’espérer, Leopardi, dont il ne nie ni l’amertume ni le désarroi face au taedium de l’existence, ne peut nullement être le poète du désespoir [24] ; mais il sera capable d’« avoir l’intuition qui permet à la poésie de sortir de l’impasse où la pensée du non-être risque de la faire se perdre » [25]. 20Le Pétrarque d’Yves Bonnefoy se montre donc érotiquement plus proche de la terre et de ses désirs que du dualisme platonicien (et platonique) [90] ; sa traduction l’enracine dans l’Un du lieu terrestre et lui fait préférer la « grâce enfantine » [91] de Laure, et la pierre des rochers, aux ténèbres surmontant les pentes du Mont Ventoux. Le choix de bannir tout archaïsme lexical fait inévitablement perdre certaines nuances musicales et sémantiques de la polysémie de l’original : c’est le cas du mot-clé « ricordanza » — dont le traducteur saisit pourtant bien la valeur de mot-valise contenant aussi les lexèmes italiens « cor » (cœur) et « danza » (danse) [42] —, sorte de souvenir cher au cœur dont le seul mot français de « souvenir » (utilisé dans la traduction de Alla luna [43]) ne peut nullement rendre la richesse — mais comment faire autrement en français ? Yves Bonnefoy, œuvres complètes, traduction d'une quinzaine d'œuvres (1951-1998) [5], [6]. 13Voyons maintenant la traduction de A se stesso, utile pour montrer à la fois les stylèmes dominants d’une réécriture et d’une herméneutique sous-jacente : 15Sur le plan quantitatif, constatons tout d’abord l’incrémentialisation qui rallonge l’original d’un vers : ce qui implique que le traducteur travaille sur le texte dans son ensemble, et non pas sur chaque vers en tant que tel. Sulla traduzione in Yves Bonnefoy », in Yves Bonnefoy, Fabio Scotto, « Traduire Yves Bonnefoy en italien : le cas de. allemand → espagnol. Méprise. Activité du site. Yves Bonnefoy traduit « vie » par « existence » [36], « esser » par « existence » [37], les deux occurrences de « tedio » par « tristesse d’être » [38], ce qui signifie à mes yeux la volonté de situer l’aventure du pasteur dans le domaine de l’existence terrestre et dans la durée temporelle de la finitude humaine, ainsi que le désir de souligner la tristesse du taedium vitae pour l’être humain qui le vit, et qui en est bouleversé à chaque instant au plus profond de son être. Par conséquent, le traducteur décidera de combattre « le stéréotype, […] cette sorte de réalité en puissance supérieure » [65] pour situer les êtres, selon une topographie plus horizontale que verticale dans « ce monde où l’on vit dans l’ordinaire des jours » [66], par un désir de la poésie d’être proche « d’une personne réelle soudain reconnue comme telle » [67]. Collection Poésie, Mercure de France Parution : 13-04-2000 «Faut-il justifier une tentative nouvelle de traduction, quand il s'agit de l'"Ode au rossignol" ou du "Chant du pasteur errant" ? Cahiers de L'Herne, L'Herne, 2010. », aux vers 1 et 2) alterne avec un retour à l’ordre progressif sujet-verbe du français : « Perì l’inganno estremo » (v. 2) devenant « Mon ultime illusion/Est morte » (v. 2-3) ; ou encore, « il brutto/ Poter che, ascoso, a comun danno impera » (v. 14-15) donne : « Cette force brutale qui préside/En secret au malheur universel » (v. 16-17, je souligne). Une fois définies ces prémisses théoriques, la praxis d’Yves Bonnefoy agit sur la forme du sonnet en respectant la structure strophique traditionnelle de l’original, avec pour seules exceptions les sonnets CCXXV et CCXXVI [71] où, comme il arrive pour certaines de ses traductions des sonnets de Shakespeare [72], l’on assiste à une incrémentialisation de la quantité globale des vers : celle, ici, des deux quatrains italiens qui deviennent deux quintils. Traduction et mémoire poétique, Dante, Scève, Rimbaud, Proust (2007) avec Yves Bonnefoy (1923-2016) comme Préfacier Nul ne s'égare (2006) avec Yves Bonnefoy (1923-2016) comme Préfacier il est descendu aux bourgeons, des instants partagés sur les rives du Drim, et en 80 je me joignais à son hommage du monde. Yves Bonnefoy: Top 3. Vérifiez les traductions 'Yves Bonnefoy' en anglais. 17Ce souci d’incarnation de la poésie dans un intra-mondain constamment en dialogue avec l’autre monde du rêve ne peut se passer d’une réflexion préalable sur la forme du sonnet, qui définit, comme le cadre d’une peinture, l’espace du poème et le temps qu’il condense : d’où la volonté de « donner priorité à la récréation de la forme et le faire assez hardiment pour que celle-ci, coûte que coûte, se retrouve forme vivante et prenne ainsi un texte aujourd’hui trop peu parlant dans un resserrement qui pourra peut-être, en accentuant la netteté de chaque figure, en raviver les couleurs » [68]. C’est la traduction poétique qui nous intéressera ici, et plus particulièrement le cas de la traduction du Hamlet de Shakespeare par Yves Bonnefoy, ce dernier considérant Shakespeare avant tout comme un poète. William Shakespeare (Auteur), Yves Bonnefoy (Traduction) 4,5 sur 5 étoiles 85 évaluations. L’exemple de la traduction du Canto notturno di un pastore errante dell’Asia [27] témoigne de cette pensée à l’œuvre dans et par la traduction, comme son essai Traduire Leopardi [28], où Bonnefoy justifie la liberté qu’il a prise de traduire la locution italienne « seguirmi viaggiando a mano a mano » [29] — qui signifie en italien peu à peu, et a donc une valeur temporelle — par « Ou me suivre, main dans ma main près du troupeau » [30] ; en assumant donc, par ce glissement métonymique, la responsabilité d’« assurément dire plus que Leopardi, si ce n’est pas même dire autre chose » [31] du fait de sa conviction qu’une identification de la lune (interlocutrice muette du pasteur) avec la femme dont le poète a rêvé, est possible : 9La nécessité et le courage de l’interprétation sont à la base de cette décision traductrice, à partir de laquelle d’autres découlent en chaîne : comme par exemple celle de traduire « Vergine luna » par « Ô lune,/ Ô vierge » [33], double vocatif séparant le substantif de son épithète, et supposant explicitement une vision anthropomorphique féminine du symbole (la vierge). Tous droits réservés pour tous pays. » — « Pour toujours prenne fin/Ta fatigue, mon cœur. Trad. Vous n’êtes actuellement pas connecté(e) en institution. Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires; Music Tales. Yves Bonnefoy, « La traduction de la poésie ». Je sens bien que l’espoir s’est éteint en moi. Laura Wilde - Wolkenbruch im 7ten Himmel. Les numéros de page à côté des sonnets cités se réfèrent à cette édition. Pareillement, la cataphore adjectivale « immense » postpose le déictique italien « quella », de manière à souligner la grandeur de l’Empire romain avant sa chute : « Dei nostri avi famosi, e il grande impero/Di quella Roma, e l’armi, e il fragorio/Che n’andò per la terra e l’oceano ? La traduction des vers 6 à 9 est exemplaire de la liberté que prend le traducteur de scander par une ponctuation modifiée et personnelle les différents syntagmes constituant la période [51] : usant d’une ponctuation où les deux points introduisent une prolepse, et ou le point virgule (ici au vers 10) se trouve souvent remplacé par un point ; ce qui implique certaines répétitions explicatives comme celles de « Méprise » (aux vers 14 et 16) dans la partie finale du poème. You are currently viewing the French edition of our site. Dans l'étincellement qui va sans lumière. 3Critique de la notion d’« Ursprache » de Walter Benjamin [5] et de la perspective herméneutique — à son avis trop sémanticiste — de George Steiner [6], Yves Bonnefoy, plus proche de la pensée d’Antoine Berman [7], nourrit sa pratique d’une constante réflexion sur les auteurs et sur leurs œuvres, qui accompagne presque toujours la publication de ses traductions [8] : signe évident qu’il vise une poétique du traduire, où la pensée et la création littéraire s’intègrent mutuellement. Ses parents, originaires du Lot et de l’Aveyron, étaient, l’un, ouvrier monteur aux … Repose, pour toujours. Pour Bonnefoy, le texte est une rencontre vers ce qui est proche, mais aussi étranger – son activité de traducteur en témoignera. Compte tenu du savoir somme toute limité que le traducteur de poésie peut acquérir sur l’histoire et sur la pensée de l’époque de l’auteur, Yves Bonnefoy décide de « prendre au sérieux [s]es impressions immédiates » [58], celles « du choc qu’a produit le premier instant » [59] de sa lecture du poète italien ; car « Rester auprès de soi n’est pas nécessairement trahir l’œuvre, quand celle-ci est de poésie. Ce même procédé de focalisation de l’attention sur un substantif, ou sur un adjectif substantivé isolé par le présentatif, revient aussi dans l’interprétation personnelle plus libre de certains passages de l’original, comme au sonnet XXXIII : « Lorsque mon espérance entra dans mon cœur,/La presque morte » traduit « quando mia speme già condutta al verde/giunse nel cor » [78], où il est évident que « La presque morte » (qui est l’espérance) n’est qu’une invention du traducteur — et d’autant plus personnelle qu’elle semble renvoyer directement à un stylème de sa poésie récente : « la sans-visage » de « La maison natale » [79]. Parfois l'étoile du soir, celle qui vient seule, Parfois le feu sans rayons qui attend à l'aube. » [75]. You might also want to visit our International Edition. Yves Bonnefoy traducteur de Keats page 2 sur 10 Maxime Durisotti Aix-en-Provence, 3-5 décembre 2008 traducteur à parcourir à nouveau le chemin parcouru par le poète étranger. Read about music throughout history Read. BONNEFOY, Yves. • Jean-Pierre Richard, « Yves Bonnefoy entre le nombre et la nuit », Onze études sur la poésie moderne, Seuil, 1964 Fabio Scotto, « La risonanza dell’altro. Voir Fabio Scotto, « Le son de l’autre : théorie et pratique de la traduction d’Yves Bonnefoy ». Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. Tombeau de Stéphane Mallarmé: Commentaires. Yves Bonnefoy, « Entretien avec Pierre-Emmanuel Dauzat et Marc Ruggeri », in Pierre-Emmanuel Dauzat (dir.). […] Elle sera alors comme un chiffre de transparence ; elle annoncera un mystère » ; Yves Bonnefoy, D’où peut-être la définition d’« intarissable, Je souligne. Carlo Ossola, « Bonnefoy et Leopardi », in Daniel Lançon (éd.). » — cela devient : « Désormais, où le cri de nos grands ancêtres,/Où l’empire de Rome, immense, où ses armées,/Où le fracas qu’elle portait si loin/Sur la terre et les eaux ? Carlo Ossola remarque à juste titre le choix de traduire « questo vagar mio breve » par « cette brève errance qui est la mienne » [34], ce qui marquerait une affinité entre les errances nocturnes du pasteur errant léopardien et les poèmes en prose de La vie errante [35]. 1. 11L’écriture traductrice d’Yves Bonnefoy est caractérisée par un certain nombre de stylèmes et de procédés récurrents que les quelques exemples qui suivent se proposent de mettre en évidence. Est la vie, et jamais rien d’autre. C’est le cas de l’incipit de La sera del dì di festa : « Dolce e chiara è la notte e senza vento,/E queta sovra i tetti e in mezzo agli orti/Posa la luna, e di lontan rivela/Serena ogni montagna. Du point de vue prosodique, l’attaque de plusieurs vers est bâtie sur l’anapeste (–): « Ta fatigue […] » (au vers 2, mais aussi aux vers 5, 10, 11, 13, 14, 16 et 17). La reproduction de l’hyperbate de l’original (« Or poserai per sempre,/Stanco mio cor. Il est l'auteur d'une oeuvre importante, poétique aussi bien que théorique, qui interroge sans relâche les rapports qu'entretiennent le monde et la parole. 7Mais c’est surtout Yves Bonnefoy qui donne aujourd’hui en France un apport irremplaçable à la mise en valeur de Leopardi. Traduction et critique poétique, numéro spécial de la revue Littérature, P. Née éd., n° 150, juin 2008; Cahier Bonnefoy [4], Odile Bombarde et Jean-Paul Avice (dir. Est morte, que j’ai crue qui serait sans fin. Quand le seau descend dans le puits qui est l'autre étoile. Aux arbres : 2. Enfin, un poète allait traduire un poète. ), Coll. » Cela devient dans sa traduction : « Douce et claire est la nuit et sans un souffle,/Et paisible au-dessus des toits, sur les jardins/S’est arrêtée la lune, qui désigne,/Sereines, les montagnes. Patrick Née a montré la présence chez Platon d’« une prise en compte extrêmement concrète de l’éros humain, et [d’]une véritable vie des corps et de leur désir », ainsi que d’un « dualisme » qui « aboutit à son contraire, la vie de l’âme dépouillée de ses entraves corporelles » (Patrick Née, Michael Edwards voit dans Pétrarque le précurseur de l’idée (qui sera ensuite celle de John Keats) d’un « créateur [qui] doit se créer soi-même » : «. À remarquer aussi — avec les modulations explicatives « sans un souffle » et « au-dessus des toits » — la suppression de l’adverbe locatif « di lontan », et le recours à la syncope rythmique par intensification de la ponctuation « désigne,/Sereines, […] ». 1Ayant déjà consacré à la théorie et à la pratique de la traduction d’Yves Bonnefoy deux études récentes [1], ainsi que plusieurs autres articles aux problèmes posés par la traduction de sa poésie en italien [2], j’éviterai ici de revenir longuement sur ces thèmes pour approfondir plutôt, dans ses implications théoriques et pratiques, le travail d’Yves Bonnefoy sur Leopardi et sur Pétrarque, les seuls deux grands poètes italiens qu’il ait traduits. Le voyage de l'homme, de la femme est long, plus long, C'est une étoile au bout du chemin, un ciel. Cette traduction, qui ne se veut pas « le calque de la littéralité du poème mais l’écoute du désir qui l’écrivit, et l’accomplissement du désir dans un texte restant le sien » [92], enfante donc un désir-auteur [93], auquel répond un désir-traducteur qui « l’éclaire […] » [94]: car aussi bien, « [l]a traduction doit collaborer au poème » [95]. Enfin, la traduction au dernier vers de « del tutto » par « de tout ce qui est » (je souligne) confirme une fois encore le désir d’éclaircir par l’interprétation les termes métaphysiques de l’argumentation lyrique léopardienne : dans le but de revenir à cette « pure musique » [52] d’avant les mots, ouvrant sur l’immédiateté sensible de leur consistance matérielle — sur l’amoureuse « naïveté fondatrice » [53] de leur être. 5 -5% avec retrait magasin 35€ Vendu par LIBR CHAPITRE 1 neuf à 35€ 7 occasions dès 20€48 Ajouter au panier Raturer outre - broché Suivi de Soient Amour et Psyché. « Si chez Yves Bonnefoy la poésie est pensante, la pensée est réciproquement “poétique” » ; Patrick Née. 19Mais l’un des buts fondamentaux d’Yves Bonnefoy dans cette traduction est de sonder « l’inexploré de la pulsion érotique » du Canzoniere, « de porter la traduction d’un mot ou d’un vers un peu plus en avant que lui dans l’explicitation du désir ou du sentiment qu’il [Pétrarque] éprouve » , d’y faire affleurer « une pensée plus charnelle » . Leopardi, cinquante ans avant Mallarmé, découvre le vide du Ciel et trouve le Néant qui sera après pour Nietzsche « […] le seuil nécessaire de la modernité de l’esprit » [17]. Tu as assez battu. Shakespeare : quatre sonnets sous chacun deux formes suivi de Dix-neuf autres sonnets In : Yves Bonnefoy : L’amitié et la réflexion [en ligne]. Yves Bonnefoy et le haïku 13 En 1972, quatre années après un voyage en Inde puis au Japon, Bonnefoy consacre un essai à Bashô, « La fleur double, la sente étroite : la nuée 25 » – la revue L’Éphémère publiant la même année une traduction du journal de voyage de … Un autre trait saillant de l’herméneutique caractérisant cet art de traduire, c’est celui de la palette lexicale des nombreux termes à valeur ontologique. » [56] Se pose d’abord pour lui le problème de la traduction d’un texte d’une autre époque, qui impose au traducteur une « nécessité de transposition » [57]. Il s’agit en effet de ne jamais séparer l’œuvre du monde, et de reconnaître à cette activité le rôle capital qu’elle mérite dans l’histoire des formes littéraires et dans la poétique du discours ; ce qui suppose que les textes revivent dans d’autres langues par des gestes poétiques de la subjectivité écrivante, capables d’en prolonger la leçon. Le destin n’a donné que de mourir. Yves Bonnefoy partage avec Philippe Jaccottet et d'autres poètes de la même génération le souci de ne pas se laisser leurrer par les jeux ou les facilités du langage, par le désir de l'infini, par tout ce qui relève du magique ou de l'angélique dans les discours sur la poésie, tels qu’ils demeurent plus ou moins tributaires d'une mythologie romantique de l'acte créateur. Nouvelle traduction. » [60] Or ce qui le frappe dans la poésie de Pétrarque, c’est la présence « d’un réseau serré de ce qu’aujourd’hui nous appellerions des stéréotypes » [61], dont la rhétorique semblerait l’éloigner « des intuitions que rien n’explique » qui furent celles d’Homère, de Virgile et de Dante [62]. D’aucun soupir, N’est digne cette terre. Courbés, le dos chargé d'une masse noire, Certains semblent attendre, d'autres s'effacent. YVES BONNEFOY. Y. Bonnefoy, « Le Canzoniere en sa traduction », postface à « Dix-neuf sonnets de Pétrarque nouvellement traduits par Yves Bonnefoy », Conférence n° 20, printemps 2005, p. 361-362. 19Mais l’un des buts fondamentaux d’Yves Bonnefoy dans cette traduction est de sonder « l’inexploré de la pulsion érotique » [81] du Canzoniere, « de porter la traduction d’un mot ou d’un vers un peu plus en avant que lui dans l’explicitation du désir ou du sentiment qu’il [Pétrarque] éprouve » [82], d’y faire affleurer « une pensée plus charnelle » [83].